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DESSEINS
& DESSINS
L'identité visuelle des organismes de prévoyance
En
tant que symbole de la culture d'entreprise, le logo ou sigle,
sous-tend et initie toute la philosophie de l'organisme.
Lien
fédérateur d'une chaîne professionnelle, illustration
du message émis vers l'extérieur, il est l'emblème
de la réalité et du projet d'une entreprise.
La
priorité donnée à la communication visuelle
et la place prépondérante du logo pour affirmer
l'identité des entreprises obligent à se démarquer
de la concurrence. L'étude des logos d'organismes concurrents
ou similaires à la CARCEPT (caisses de retraite, mutuelles,
assurances, organismes sociaux), nous a permis de dégager
quelques tendances majoritaires.
Précisons
que la suite de l'étude nous amènera à recentrer
et à étayer les éléments qui suivent
en fonction des attentes des usagers, du personnel et du degré
de notoriété de la CARCEPT.
Plutôt
qu'un recensement exhaustif, nous proposons donc ici un parcours
à travers quelques sigles significatifs : soit qu'ils
reflètent précisément le secteur de la prévoyance,
soit que certains éléments qui les constituent soient
à retenir, soit, enfin, qu'il s'agisse d'exemples à
ne pas suivre
Le
nom, un vecteur d'image par excellence
Rares
sont les organismes de prévoyance dont le logo existe indépendamment
du nom ou des initiales. L'effet évocateur d'un sigle est
pourtant l'assurance de sa puissance ; à l'image du
célèbre Bonhomme Michelin, il n'a pas besoin du
soutien typographique du nom et de la firme pour exister.
Retenons
dans cet ordre les deux M inversés des mutuelles du Mans :
la simplicité du graphisme et le carré vert étant
suffisamment "explicites" pour se passer du nom.
Un
effet moins évident pour l'AGRR dont le logo n'acquiert
véritablement un impact qu'accompagné des initiales
avec leur typographie spécifique.
D'une
façon générale, on observe trois attitudes
différentes par rapport à l'utilisation du nom de
l'entreprise : mise en avant des initiales (qui font souvent
partie intégrante du logo), inscription du nom dans son
intégralité ou mise en valeur du "métier"
de l'organisme (assurance, retraite
).
On
note cependant la disparition progressive des froides initiales
et des sigles impersonnels. "Avec le temps, les entreprises ont
fini par comprendre que leur nom était un vecteur d'image
au moins aussi important que leur discours. Chacun s'efforce donc
de se débarrasser de ces sigles hérités des
années d'après guerre aux connotations "administratives".
Le sigle donne l'image d'une entreprise qui ne communique pas.
Qui est un peu fermée. Qui est repliée sur elle-même.
Un groupe d'assurance a ainsi été rebaptisé
Azur." (1)
Si
un tel procédé favorise l'ouverture et une communication
bien plus chaleureuse, il est cependant important de tenir compte
du "capital notoriété" de l'entreprise. L'attachement
du public à un logo ou à un sigle est en effet déterminant
puisque le seul fait de connaître cette image de l'entreprise
rassure les usagers. Afin de faciliter l'ouverture tout en tenant
compte du "capital confiance" que constituent leurs sigles, certains
organismes trouvent un compromis
L'UAP rajoute ainsi le
terme "assurance" à son logo et la MGEN conserve ses initiales
tout en développant leur signification.
Un
positionnement plus qualitatif
Observons
le nouveau logo de l'UAP. Cette typographie plus affinée,
ce cercle qui évoque un sceau et l'affirmation du métier
d'assureur en toutes lettres ne sont évidemment pas un
hasard ; "La profession d'assureur n'a pas la cote auprès
du public : 55% d'opinions négatives, 26% de mitigées
et seulement 13% de positives." (Marketing Mix).
Un
état de fait qui oblige l'UAP à trouver un positionnement
beaucoup plus qualitatif. Ce logo plus humain inspiré des
anciens cachets de cire, cette typographie plus fine et moins
agressive que l'ancienne et l'utilisation du cercle et du carré
sont l'expression de l'engagement de l'UAP vis-à-vis de
ses clients. Nous verrons par la suite l'importance de la couleur
rouge
Quant
à la MGEN, son choix a été de jouer à
fond la "carte mutuelle" ; d'annoncer en toutes lettres son
métier tout en reconnaissant le public auquel elle s'adresse :
"Le logo dit clairement ce que nous sommes : la Mutuelle
Générale de l'Education Nationale. C'est la dénomination
originelle dont la signification reste permanente. La MGEN relève
d'un statut français, elle est nationale. Regroupant tous
les personnels de l'Education, de la Recherche et de la Culture,
elle est la mutuelle de l'Education. Définie par le Code
de la Mutualité, elle est une Mutuelle. Et le logo insiste
sur cette spécificité : Mutuelle." (2)
Afin
de conserver le capital notoriété constitué
par les initiales, la mutuelle a choisit de les faire figurer
dans une étoile qui porte le message MGEN. Clin d'il
à l'Europe et mouvement de l'étoile intégré
à la mutuelle qui traduit une évolution permanente.
"Chacun à son étoile, dit-on. Celle-ci peut être
l'étoile de chacun."
Un
logo en définitive assez lourd et dont la multiplicité
des messages (l'Europe, la solidarité
) ne favorise
pas l'efficacité.
Dynamisme,
sobriété et ouverture
A
l'inverse de cette tendance qui consiste à remplacer des
initiales "administratives", observons la démarche de la
Caisse Nationale de Prévoyance
La
Caisse Nationale de Prévoyance devient en effet la CNP
et privilégie l'assurance au dépend de la prévoyance ;
la spécificité "Nationale" étant également
mise en sourdine. La volonté du CNP d'acquérir son
indépendance vis-à-vis des organismes publics explique
sans doute ce choix. Notons également l'évolution
de la signature ("Vivez bien assuré") qui ne laisse plus
de doute sur le métier tout en gardant le concept de "qualité
de vie". Nous reviendrons sur ce logo, notamment à propos
du symbole choisit (le parapluie) pour exprimer la mission de
l'organisme.
Autre
exemple caractéristique de cette volonté d'ouverture,
celui du Groupe Paradis et de l'Anep. "La circulation d'énergie
à l'intérieur et à l'extérieur du
dessin est primordiale en termes de communication. En favorisant
cette circulation interne et externe on produit un logo qui donne
une valeur d'expansion, d'ouverture. Un logo fermé traduit
l'intériorité." (3) Message bien reçu par
l'Anep : ouverture du cercle, humanisation du carré qui
stabilise néanmoins le logo, impression générale
de dynamisme et de jeunesse.
Lorsque
le changement du logo va plus loin qu'un simple lifting, qu'il
traduit une nouvelle approche marketing et une nouvelle relation
avec la clientèle, il est bon de favoriser cette circulation.
On peut alors, soit laisser une forme géométrique
ouverte, soit, comme la MACIF, constituer un logo (et ses déclinaisons)
autour des initiales et du sigle. "Comme dans les visages humains,
dont les traits plus ou moins mobiles permettent parfois de déceler
le caractère profond des individus, on peut aussi percevoir
le dessein d'une entreprise à la façon dont elle
se présente. La MACIF a remplacé son ancien logo
(la France dans un cercle) par une nouvelle image plus alerte,
plus ouverte et plus moderne représentant son sigle :
un point rouge au centre du C." (4)
Les
lettres MACIF permettent d'autre part une grande souplesse d'expression,
des déclinaisons aisées, comme nous le verrons,
et un logo qui s'applique sur n'importe quel support et n'importe
quelle couleur.
Géométrie,
solidarité et sécurité
La
circulation d'énergie alliée à une évocation
de la transparence, peut également contrecarrer l'immobilisme,
la lourdeur et la pesanteur parfois attribués au domaine
administratif. L'IGIRS illustre bien cette volonté de dynamiser
les institutions de retraite, à la différence de
l'UIRIC refermée sur elle-même et plutôt statique
Notons
dans ce dernier cas la présence de l'hexagone, symbole
également utilisé par les assurances AGF et qui
exprime la notion de territoire. Un élément fédérateur
qui devient la base d'une déclinaison pour d'autres produits
(UIRIC social
).
Observons
la volonté de dynamiser le logo ainsi que l'enchevêtrement
des hexagones qui symbolisent la solidarité
Quoi
qu'il en soit, et malgré toutes les bonnes intentions du
monde, la lourdeur du logo ne favorise pas le message.
L'essentiel
en termes d'identité visuelle est en effet de dégager
un concept unificateur en se préoccupant au final de la
cohérence et de l'impact d'ensemble. Dans cette optique,
la simplicité est seule susceptible de provoquer des associations
évidentes.
Nous
allons voir désormais, quels sont les messages les plus
fréquemment émis par les organismes de prévoyance
: solidarité, prévoyance et protection.
A
l'image de l'UIRIC, certains organismes tentent d'exprimer le
concept de solidarité à travers l'enchevêtrement
ou l'assemblage de figures géométriques. La chaîne,
les alvéoles d'une ruche, le nud ou les deux M inversés
évoquent alors ce monde d'entraide, de communion, d'union
et de réciprocité
Une
autre tendance consiste à évoquer la protection
de l'individu : la notion de solidarité est alors
moins présente au profit de la sécurité et
de la prévoyance. Boucliers, toits, panneaux de signalisation,
croix des pharmacies viennent alors à la rescousse pour
symboliser un organisme protecteur
Figuratif
ou conceptuel ?
La
plupart des symboles gagnent à être dépouillés,
simplifiés. D'une part parce que cela les empêche
de vieillir, d'autre part parce qu'ils gagnent alors en impact.
La démarche du CNP, qui consiste, comme nous l'avons vu,
à reprendre un cliché pour le moins usé (le
parapluie) est en ce domaine exemplaire. En rajeunissant et simplifiant
à l'extrême ce cliché, les assurances réussissent
leur coup. Couleurs actuelles, formes stylisées, typographie
sobre et raffinée
tout contribue à donner
jeunesse et dynamisme à leur nouveau logo.
La
tendance évolue d'ailleurs de plus en plus vers une extrême
simplicité : formes géométriques facilement
mémorisables pour tous les publics et évocations
qui agissent le plus souvent à notre insu... Il est vrai
que le logo figuratif pose problème puisqu'il est souvent
anecdotique. D'autre part, on ne peut rien en faire d'autre que
ce qu'il figure : un cercle peut devenir une roue, un soleil,
un ballon, un point sur un i
alors qu'une roue et un soleil
restent une roue ou un soleil.
Pourtant,
même si la majorité tend vers la sobriété,
quelques organismes résistent encore et se détachent
du même coup de la norme. C'est le cas de l'Assurance Maladie
qui vient d'inaugurer un nouveau logo plutôt "compliqué"
"Dans
ce vaste ensemble de la Sécurité sociale, nous voulions
être identifiés et que soit reconnue notre vocation
tournée vers la santé. Pour cela, il nous fallait
posséder un signe de reconnaissance, une image symbolisant
cette vocation. Celle-ci est fondée sur votre solidarité,
concrétisée par vos cotisations. L'ensemble de nos
activités n'a qu'un sens : aider des millions de Français
à parcourir le cycle de la vie, en contribuant à
la protection de leur santé. Illustré par le cycle
de la vie, c'est bien cela que cherche à symboliser notre
signe de reconnaissance : notre présence à
vos côtés à tous les stades de la vie ;
une présence fondée sur la solidarité (des
mains qui se tendent les unes vers les autres) ; une présence
qui doit favoriser la santé, l'équilibre de vie ;
enfin, une présence qui s'inscrit dans un cadre institutionnel."
(5)
Imaginons
désormais que l'on nous présente ce fameux logo
sans nous préciser qui en est l'émetteur
On
peut alors tout imaginer : un club de danse, une association
de loisir
Quant à a solidarité, elle n'est
pas vraiment perceptible. Ces personnages figés, comme
accrochés à une grilles renvoient une image froide,
étrange et plutôt complexe qui brouille le message
de l'Assurance Maladie. Il est possible qu'un tel visuel ait de
l'impact en interne, si le personnel est informé et sensibilisé
au concept. Il est moins sûr qu'il améliore ou renforce
l'image de marque en externe
Excepté
ce problème de compréhension, les logos figuratifs
posent un autre problème : il est souvent difficile
de les détourner, de les décliner pour présenter
les différents produits d'un organisme. Observons sur ce
point la stratégie de l'IGIRS qui dispose d'un graphisme
fédérateur simple, le triangle. En utilisant celui-ci
pour ponctuer efficacement l'évocation de ses différents
produits ou manifester sa présence lorsqu'elle communique,
cette caisse de retraite exprime simultanément une volonté
de s'adapter aux attentes. La barre horizontale rouge stabilise
quant à elle le logo et permet d'inscrire élégamment
les éléments déclinés.
Même
démarche pour La MACIF qui utilise son graphisme fédérateur :
son "point rouge" vient alors se placer comme leitmotiv couleur
dans l'univers de la mutuelle.
Bleu
assurance, vert mutuelle
les couleurs de l'identification...
Le
code couleur permet à une marque d'être identifiée
d'un seul coup d'il : le bleu est la couleur des assurances,
souvent reprise par les caisses de retraite, et le vert celui
des mutuelles.
Certains
organismes choisissent de se démarquer de la concurrence
en adoptant une couleur qui tranche sur l'habitude. L'UAP a ainsi
opté pour le "rouge cerise"
Une démarche réussie
puisque le choix de cette couleur n'est pas gratuit : c'est
la couleur traditionnelle du sceau et l'illustration du dynamisme
de l'assurance. La notoriété des initiales UAP autorise
par ailleurs une telle révolution.
Mais
à trop se démarquer, on peut parfois déstabiliser
le public. Pour des organismes qui doivent rassurer en premier
lieu, ce n'est sûrement pas l'idéal
Nous
avons retenu pour illustrer ce "danger", quelques logos très
esthétiques qui ont cependant le défaut de ne pas
évoquer le moins du monde le secteur de la prévoyance.
Deux démarches, celle de l'Anep et celle du Groupe Taitbout,
qui peuvent payer si le public visé est peu sensible au
concept de "prévoyance (jeunes). Cette communication décalée
est alors en mesure de séduire un public du même
type.
Avec
son logo "accrocheur", l'Anep séduira ainsi plus facilement
un public jeune. Même si l'évocation reste extrêmement
flou en matière de retraite et risque de poser problème,
le graphisme très mode et l'effet d'ensemble qui évoque
l'univers de la bande dessinée peut séduire de nouveaux
clients
Quant
au logo du Groupe Taitbout, il impressionne par ses qualités
esthétiques et ses possibilités de déclinaisons.
Si le choix des couleurs est discutable (manque de dynamisme du
gris) elles ont au moins le mérite d'évoquer raffinement
et qualité. Les filets de couleurs différentes sous
le logo du groupe sont astucieusement reprises pour illustrer
les différentes activités. Le carré intervient
quant à lui comme élément stabilisateur (assise
du groupe).
Autre
procédé intéressant, celui utilisé
par le groupe APRI pour décliner ses activités :
la présence d'un typographie commune et l'utilisation de
filets aux couleurs du groupe traduit bien l'alliance et la diversité
dans la continuité. L'activité retraite se détache
en rouge mais la typographie spécifique permet de la "rattacher"
au groupe.
Stratégie
pour se démarquer de la concurrence ou astuce pour évoquer
la diversité, la couleur peut également être
une façon d'affirmer sa philosophie, sa mission et sa personnalité.
Ainsi, la MGEN consolide son positionnement "Mutuelle" en affichant
la couleur : "La vitalité mais aussi la sérénité,
la quiétude, la sécurité, la paix sont évoqués
par le vert franc, sans nuance. Il traduit aussi la recherche
de la qualité de la vie, préoccupation constante
de la mutuelle." (2)
---
Marie-Hélène
Branciard - Mars 91

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