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Drôles d'envois pour une rencontre

 

PLANS RECUP' & BOUTS D'FICELLE

Les jeunes se meublent à l'oeil


"Pour les moins de 25 ans qui viennent de quitter le foyer parental, 20 % de leur mobilier a été acquis à titre gratuit contre 9 % de la population totale."

On n’a pas tous les jours 20 ans...

C’est sûr. Mais quand ça arrive et qu’il faut quitter le cocon familial pour construire son propre nid, il s’agit de trouver les bonnes solutions.

Pour cela, pas de mystère, le bon vieux "système jeune" semble fonctionner à merveille... Récupération de meubles chez les parents, "fouinage" lors des opérations "vide-grenier", achats d’occasion dans les brocantes, à des amis ou par petites annonces, achat de mobilier neuf dans les grandes surfaces du meuble...

Le bon vieux "système jeune" permet de réenchanter l'espace de vie...

Des méthodes que les jeunes que nous avons interrogé (1) coordonnent allègrement pour "réenchanter" le peu d’espace qui leur est le plus souvent imparti.

Au top 50 de l’ameublement des jeunes, la solidarité familiale arrive largement en tête. Selon une enquête de l’Institut Pour l’Etude et la Promotion des Meubles (2), "les moins de 35 ans, en phase de premier équipement, reçoivent gratuitement une part importante de leur mobilier : meubles neufs offerts et/ou récupération de meubles de seconde main."

Papa, maman, les potes et moi...

Sur les 20 jeunes que nous avons rencontrés, 18 ont récupéré au moins un meuble familial... Parents, grands-parents, frères et soeurs déjà installés... la famille se serre les coudes pour monter en ménage les petits derniers et faciliter leur passage à l’âge adulte. Pas facile en effet de s’assumer financièrement lorsque l’on étudie ou que l’on recherche un premier emploi.

"S’il n’y avait pas le loyer, j’aurais pu équiper mon appartement sans l’aide de mes parents. Mais là, c’est une trop grosse somme à sortir tous les mois. J’avais pas vraiment le choix..." (Sophie, 23 ans - étudiante).

Autre cas de figure, ceux qui reçoivent un double coup de pouce : celui des parents et celui des copains. Quand on est trois à partager un appartement, ça peut même devenir très intéressant... "Nous on est trois, on partage un F6 et on a rien acheté. Pourtant, on a tout le confort : frigo, micro-onde, télé, magnétoscope, canapé... Tout ce qui est dans l’appartement a été soit donné, soit récupéré quand nos parents ont changé leurs meubles par exemple. Et puis, comme on a un grand appart, quand nos potes déménagent ou partent de Dijon, ils nous laissent leurs meubles." (Jacques, 22 ans - étudiant).

Les enfants d'’Emmaüs

Même s’ils n’utilisent que très peu les puces ou les dépôts-vente pour se meubler, les jeunes ont néanmoins acquis certains réflexes digne des "Chiffonniers d’Emmaüs".

Une des pratiques qui a été le plus évoquée consiste à profiter des opérations "objets encombrants". Un système mis en place par la municipalité pour que les citadins puissent se débarrasser de leurs objets volumineux.

"Dehors, on récupère certains trucs dans les bennes qui passent. C’est un bon truc. Comme ça, j’ai trouvé des étagères que j’ai bricolées pour qu’elles tiennent dans ma cuisine. C’est sûr, y a pas mal de saloperies, mais il y a aussi des trucs biens. C’est pas une mauvaise combine et c’est toujours utile." (Fred, objecteur de conscience).

Des consommateurs avertis, astucieux et à qui on ne la fait pas !

Et c’est surtout peu contraignant, alliant le plaisir de la découverte à la satisfaction de se meubler "pour pas un rond" :

"Les objets encombrants, c’est simple, surprenant. Tu te ballades et hop ! Tu trouves un truc et tu le ramènes chez toi. J’ai récupéré un sommier une place à lattes comme ça...". (Manu, graphiste).

Une façon de se positionner en consommateur averti, astucieux et à qui "on ne la fait pas" : "Chez moi, il n’y a rien de superficiel, tout ce qui est là sert à quelque chose. J’ai tout retapé ou récupéré, dans la famille, dans la rue...".

Télé, hifi... l'évasion se paye cash

En dehors de la récup’, qui concerne le plus souvent le mobilier de base (lit, table, gazinière, frigo...), quels sont les meubles que ces jeunes seraient prêts à acheter neufs, quitte à consentir un gros effort financier ?

En tête des réponses et à égalité, la télé et la chaîne hi-fi. Pour Anne, secrétaire de 26 ans, la télé est même l’objet le plus important dans son appartement. Celui dont elle ne pourrait se passer à aucun prix.

"J’habite seule et la télé, c’est une grosse présence. Du coup j’ai pas besoin de chaîne, avec la télé ça suffit. Je viens d’en acheter une neuve, à crédit, parce que celle que ma soeur m’avait donnée était foutue."
Idem pour Frédérique, standardiste de 23 ans, pour qui "la télé est un souhait général : tout le monde souhaite l’avoir. Même une de 36 cm."

Je ne pourrais pas vivre sans musique...

On constate souvent que ceux qui souhaitent la télé peuvent se passer d’une chaîne hi-fi et réciproquement...

"Moi, je pourrais pas vivre sans musique, nous dit Tony, étudiant de 22 ans, alors que la télé, j’en veux pas". Dans tous les cas, même si la télé ou la chaîne ne font pas le bonheur, elles y contribuent largement. "Le seul truc que j’ai acheté avec mon fric, c’est un magnétophone. Le reste, mes parents me l’ont donné ou acheté. Mais ça, c’est vital."

Des efforts financiers qui iraient donc prioritairement vers des objets de loisir. Installés, pour la plupart, de bric et de broc, ces jeunes sont prêts à payer le prix pour s’évader.

Un mobilier kleenex, acquis dans l’urgence...

Même si le mobilier dont ils disposent leur convient, la plupart des jeunes ne se voient pas avec dans 10 ou 20 ans. Pour presque tous, il s’agit d’un mobilier kleenex, acquis dans l’urgence et dont ils se déferont plus tard.

Selon qu’on récupère un objet, qu’on l’achète ou qu’on en hérite, il y a différentes façons d’envisager le temps. Pour tous ces jeunes, le temps des études, des petits boulots et des vaches maigres (quand elles ne sont pas folles), est symbolisé par ce mobilier.

"Plus tard, il y aura une grande différence avec maintenant. Fini le mobilier de studio. J’aurai des meubles rustiques, sobres, en merisier." (Laetitia, 23 ans, étudiante). Exit les bouts de ficelle et bienvenue à la super cuisine encastrée style "Kagivo", "séparée des autres pièces (pour les odeurs)".

Les temps changent et, comme le dit si bien Frédérique : "On évolue, la maison, il faut qu’elle devienne aussi belle que la personne, ça va ensemble."

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(1) 20 jeunes de 20 à 26 ans ont été interviewés par nos soins afin de réaliser cet article : 13 étudiants, 5 jeunes travailleurs, 2 chômeurs.
(2) IPEA, Bruno Muret, "Les différents modes d’acquisition des meubles", mai 96.

Marie-Hélène Branciard , Planète Spook N°1, Octobre 96. Dossier "Habitat & tranches de vie".

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